Les Lilas

Ce sera une grande pièce en L, où on entrera par la droite, après avoir longé la vitre décorée de peintures en vitraux. En premier on tombera sur les vitrines, où derrière se presseront les gâteaux, tartes, mousses, cookies, des biscuits colorés et des pâtisseries variées, brillantes, belles.
Mais avant de détailler la devanture, le regard se portera sur les murs, sur les couleurs ; du vert, du crème, du jaune lumineux, du marron, un peu de orange. Mes couleurs. Sur le grand mur de gauche, faisant tout le long de la salle, une fresque. Un arbre immense, un lilas, portera ses branches sur une partie du mur, les fleurs blanches, roses, mauves. Le reste pouvant être une foret fantasmagorique, un océan, des détails puisés dans l'imaginaire de l'artiste ou des artistes impliqués dans l'affaire. Je ferai appel à des amis, des amies, des ex-amies, des gens talentueux, immensement, dont je veux retrouver un boût d'âme sur mes murs.
A gauche de suite, en entrant, des tables. En bois, en verre, en métal, carrées, rondes, dépareillées mais assorties, confortables et accompagnées de chaises aux coussins colorés dans l'esprit de la boutique, du jaune, du orange, du blanc, du vert.
Au fond à gauche, dans la salle, des fauteuils, un ou deux canapés, des tables basses. Des petites lampes tactiles, des bougeoirs, du cuivre, de l'argenté. Des étagères, avec dessus des livres, de l'Anglais, du Français. Des BDs, des parutions de tout les webcomics worth a read qui ont été publiés, les blog BD français valant le coup également. Des mangas, des comics, des romans, des magazines, des classiques, des trucs improbables. Des livres de cuisine du monde entier. Des petits mots signifiants poliment que madame, monsieur, les livres ne sont pas à vendre ou à emprunter, et que demain ils seront toujours là pour revenir les finir.
L'oeil n'aura pas assez de quelques secondes pour voir les cadres, les affiches, les petits détails accrochés ci et là. Mais il semble que le temps s'écoule plus lentement ici, alors il reviendra bien dans quelques minutes pour continuer à assimiler.
Il repart vers les vitrines, après tout, on vient ici pour manger des gâteaux. Cookies du jour, tartelettes éphémères, partout des petits mots pour annoncer qu'ici on mange local, qu'on respecte les produits, les saisons, les producteurs, les goûts, les matières.
Des classeurs colorés attirent l'oeil, sur un pupitre dédié aux commandes, car on peut commander toutes les pâtisseries ici madame, monsieur, il suffit de demander.
Enfin un choix. Sur place ? Vous voulez boire quelque chose avec ça ?
Des jus de fruits, des boissons fraiches, il y en a. Des fruits frais pressés comme du commercial, car il faut plaire à tout le monde. Mais on ne peut s'empêcher de remarquer les grandes boites en métal, rondes. Pas beaucoup, 4-5 boites, qui changent régulierement. Du thé bien sur, nous sommes dans un salon de thé, et on est pas là pour boire du Lipton. Chaque thé à son histoire, son accord, son goût. Il y en aura bien un pour aller avec le gâteau que vous avez choisi.
Un assortiment de tasses. De la porcelaine avec des sous-tasses, des mugs plus classiques, colorés, simples, de plus ou moins bon goût. A vous d'en choisir un et d'en faire votre favori.
Des théières, japonaises, chinoises, anglaises, en métal, en porcelaine. Une personne, deux personnes, ou pour durer tout un après-midi à siroter dans un fauteuil profond.
Plus qu'à s'asseoir.
Pendant ce temps, derrière la vitrine, presque cachée par les étagères, on voit une porte. Elle mène à la pièce secrète, la face creuse du L, au laboratoire. Oh, pas besoin qu'il soit immense. Deux batteurs, deux frigos, un congélateur. Un four. Une plonge. Des étagères, des boites, des flaçons, des bouteilles, des sacs, des seaux, des cartons, remplis d'ingrédients, de matériel, de caissettes, de décors. Des carnets, des proportions, des livres de recettes écornés et salis, vivants.
Avec une glace donnant sur la salle, pour regarder les clients le jour, pour voir aussi dehors, pour rester en contact avec le reste du monde et la course du soleil, grand marqueur de temps de celui qui travaille la nuit.



Voilà, si vous vous demandez ce que je fais de mes journées nuits à mon apprentissage ces jours ci, bah sachez que je rêve beaucoup en faisant mes gâteaux, et que ces quelques mots ne sont à peine que le début de ce que je voudrai faire, le jour où je rentre à Rennes.