J'en peux plus. 

Du tout. 

A ce rythme là, je sais même pas si je vais atteindre l'hiver.

Dans un marasme de clopes fumées, de solitude, de chat pour seule compagnie. Je parle à personne, j'trouve pas de taf, j'ai aucune motivation pour rien, même me bouger pour faire des courses consiste le seul truc que j'arrive à faire, sortir de mon appart immense glacé une fois par jour ou tout les deux jours.
Il fait un temps magnifique et j'ai froid, tout le temps.

J'ai les cheveux dégueulasses tout le temps, la peau terne, une gueule affreuse que j'arrive pas à arranger, je reprends du poids je sais même pas comment, vu que je mange à peine. 

La seule personne qui m'appelle c'est ma maman, et encore ça se fini en général pas très bien, vu que je bosse pas et que je supporte plus de lui dire que ma vie est un putain d'échec.

Mon père veut que je reparte à Mada, aider à reprendre une école de pâtisserie, alors que j'arrive même pas à aller à Rennes tenter de boire un coup avec les rares anciens potes de là bas qui me parlent encore vaguement une fois de temps en temps. 
J'ai aucune envie de déménager encore une fois, j'ai même pas revu mes copains qui m'ont aider à bouger mes meubles la derniere fois, y'a... trois mois.
J'ai pas envie de partir à 10000km de là alors que mes deux frères vont être papas dans quelques mois, et que j'ai envie d'être là pour voir les deux mini-générations suivantes. 
Au moins tout le monde a le tact de ne pas me demander si je compte m'y mettre un jour, c'est déjà ça.

Mes meilleurs potes sont loin, dans leurs propres vies, leurs propres problème de santé, de coeur, de trucs divers et variés, et comme j'entretiens plus mes amitiés bah les gens m'oublient, tout simplement. 

J'suis amoureuse d'un garçon d'Aion, qui s'en fout de moi salement, et qui a une vie personnelle qui part en couilles aussi, à base de maman ayant le cancer, et bien d'autres trucs à gérer pour comprendre mes allusions plus qu'à moitié cachées, friendzonage total. 

J'ai pas une thune, pas une putain de thune, rien, et la moitié des démarches que je devrais faire pour récuperer des trucs genre une carte vitale, des remboursements, mes APL, je les fais pas, ou je les finis pas, et du coup rien n'avance, et j'ai pas de thune, et du coup les thunes que j'ai pas je les claque dans des clopes que je fume pour les 3/4 sans plaisir, à la limite de la névrose, 
Du coup j'ai une santé dégueulasse, à base de toux et de respiration sifflante, ce qui n'arrange pas mon sex-appeal défaillant, ce qui n'est pas grave vu que de toute façon je vois personne.

Je m'étonne encore par ma capacité à avoir fait les pires choix merdiques dans ma vie, à être allée à l'INBP pour apprendre à créer des produits magnifiques et avoir acquis un savoir merveilleux que je ne peux absolument pas exploiter, pour m'être endettée sur des années pour rien, à avoir déménagé dans ce bled paumé et m'être pris la quenelle de ma vie, alors que le reste de la Bretagne embauche à tours de bras dans mon domaine, sauf ici. Ici y'a rien. 
Et ici j'peux pas en bouger, je peux putainement pas en bouger. 

J'continue d'attendre je sais pas quoi, un miracle. 

A ce rythme là c'est pas l'hiver que je verrai pas, c'est l'automne.